LES MARCHES D'ACTIONS VONT-ILS REPARTIR DE L'AVANT ?
Romain Boscher : Responsable gestion active chez Groupama AM
Vous êtes prudent sur l'évolution de la Bourse. Quels sont vos arguments ?
Je pense qu'il n'y a plus beaucoup à perdre à investir en actions, mais pas grand-chose à gagner non plus... Disons que la Bourse est tombée à un niveau de valorisation convenable. Le marché a anticipé la perspective d'une baisse des profits en Europe de l'ordre de 10% cette année. Mais on ne peut exclure un scénario plus noir de risque systémique, alors que la situation est inédite. Le marché est confronté à quatre chocs : une crise immobilière, un effondrement du dollar, un choc des matières premières et une récession économique.
Qu'est-ce qui pourrait vous amener à être plus optimiste ?
Il faudrait que les tensions inflationnistes diminuent, afin que les taux puissent baisser. C'est loin d'être impossible car on a rarement un dérapage de l'inflation lors d'une récession. Reste que, dans le meilleur des cas, on aura un rebond mou des marchés. Pour une raison : la crise immobilière aux États-Unis est loin d'être terminée, ce genre de crise durant généralement trois ans.
Quelle stratégie adopter en Bourse ?
Nous conseillons de conserver des titres ayant bien résisté (Alstom, Arcelor-Mittal, Total) et de revenir sur des valeurs qui ont trop baissé (Saint-Gobain, Vivendi, Schneider). À une exception près : les bancaires. Dans un contexte de crise immobilière, le gros des pertes n'est pas derrière nous. La capacité bénéficiaire des banques est très écornée tandis que le nombre d'actions en circulation augmente fortement, caries fonds propres sont insuffisants. L'effet de ciseau est terrible sur le bénéfice par action. Il n'est pas impossible que les cours soient à nouveau divisés par deux...
Propos recueillis par Marianne Py
Marc Renaud : chez Mandarine Gestion
Comment expliquer la récente accélération de la baisse des marchés ?
En début d'année, les craintes se sont focalisées sur la crise bancaire et le risque systémique. Depuis un mois, le marché est passé à une autre thématique, en se faisant peur sur les valeurs cycliques. Car l'espoir d'une croissance qui tiendrait dans les pays émergents flanche. La fin des subventions au pétrole en Chine fait craindre un ralentissement de la consommation. Pourtant, les dirigeants de sociétés indiquent clairement que la croissance dans les pays émergents continue de compenser très largement la dégradation observée en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd'hui, je pense qu'une grande partie des mauvaises nouvelles est dans les cours de Bourse. Le marché Ta rebondir, mais il est difficile de savoir quand exactement.
Qu'est-ce qui déterminera ce «timing» ?
À court terme, le couple pétrole-dollar est central. Un reflux des cours du brut donnerait le signai d'un rebond. Cela finira forcément par arriver : on ne peut avoir à la fois une récession économique et des tensions sur le pétrole !
Quelles valeurs privilégier ?
Le marché fait de grosses bêtises sur certains titres. Prenons l'exemple de Michelin : bien sûr que le groupe va avoir du mal à répercuter la hausse des matières premières dans ses prix de vente, mais cela amputera au pire ses bénéfices de 5 à 10%. J'ai concentré mon portefeuille sur quelques valeurs massacrées, comme Michelin, Saint-Gobain, PPR ou encore Sanofi-Aventis. Je risque de ne pas avoir raison tout de suite. Mais je trouve beaucoup plus dangereux, à horizon d'un an, d'investir dans des titres comme Arcelor-Mittal ou Alstom, qui sont extrêmement chers.
Propos recueillis par M. P.







