Un printemps boursier en trompe-l'oeil
La Vie Financière N°3284 / Aujourd'hui / Catégorie : Chronique
Depuis le milieu du mois de mars, l'indice CAC 40 a regagné près de 15 %. Une embellie bienvenue mais qui risque de n'être que passagère. Car la tendance de fond reste baissière, toujours affectée par de lourdes incertitudes.
Entre ceux qui croient que le pire de la crise financière est passé et ceux qui jugent inévitable, au contraire, une propagation de cette crise à l'économie réelle, le débat reste largement ouvert et entretient la contradiction sur les marchés boursiers. Faute de réponses vraiment convaincantes aux grandes interrogations du moment, chacun y va de son interprétation plus ou moins plausible, la méthode Coué étant la pratique la plus courante. Ainsi, pour expliquer la remontée des indices depuis la mi-mars, le principal argument utilisé est la publication de chiffres d'affaires et de résultats trimestriels jugés « meilleurs que prévu » ou « supérieurs aux attentes », des expressions qui se veulent rassurantes même si la réalité des chiffres traduit bien un infléchissement de la croissance des ventes, une baisse des bénéfices ou des marges. Il faut reconnaître que, si les bénéfices des banques et des compagnies d'assurance américaines ont chuté, sans surprise, de plus des deux tiers au cours des trois premiers mois de l'année, les autres secteurs, énergie et technologie en tête, continuent à tirer leur épingle du jeu ou résistent. Rien ne dit toutefois qu'il en sera encore ainsi au cours du deuxième trimestre et des suivants, surtout si le ralentissement de la croissance se transforme en récession. Par bien des aspects, la situation actuelle des marchés boursiers ressemble à celle d'il y a six ans. Au début du printemps 2002, en effet, on pouvait aussi croire que le pire était passé après l'effondrement des cours qui avait suivi le drame du 11 septembre 2001. A Paris, le CAC 40 avait rebondi de 35 % en six mois et personne ne songeait alors à la menace, pourtant imminente, d'une nouvelle vague de baisses meurtrière qui allait ramener l'indice jusqu'à 2 403 points en mars 2003. Tout simplement parce que les prévisions bénéficiaires étaient trop généreuses, donc trompeuses.
Entre deux gaps...
Qu'en est-il aujourd'hui ? Dans une précédente chronique intitulée « Les Deux Aimants du CAC 40 » (voir La VF du 4 avril 2008), nous signalions que l'indice de référence de la Bourse de Paris se trouvait coincé entre deux importants gaps qu'il avait laissés derrière lui, le premier le 21 janvier entre 5 012 et 5 081 points et le second le 25 mars entre 4 553 et 4 647 points. Nous précisions alors que ces deux trous de cotation avaient vocation à être comblés et, en attendant, servaient d'aimants au marché, à la hausse ou à la baisse en fonction de son humeur. Or, tout au long du mois d'avril, la force d'attraction du premier l'a finalement emporté et le gap, après bien des tentatives infructueuses, a été complètement bouché le 7 mai puisque, ce jour-là, le CAC 40 a grimpé en séance jusqu'à 5 100 points. Deux jours plus tard, toutefois, une nouvelle et brutale impulsion baissière provoquait un autre trou de cotation entre 5 004 et 5 025 points, partiellement comblé dès le lundi de Pentecôte...
L'aimant vers le haut a désormais perdu de sa puissance et le marché va devoir compter sur ses seules forces pour confirmer sa reprise. Mais celui vers le bas existe toujours et l'on aurait tort de l'oublier, surtout qu'un autre gap, beaucoup plus ancien puisqu'il remonte à octobre 2005, se situe entre 4 348 et 4 373 points. Leur force d'attraction ne manquerait pas de s'exercer en cas de nouvelle flambée du prix du pétrole, d'affaiblissement supplémentaire du dollar et d'une extension de la baisse des profits au-delà du secteur financier. D'autant que la configuration technique du CAC 40 est loin d'être idéale. Certes, l'indice se situe de nouveau au-dessus de sa moyenne mobile à cinquante jours, elle-même orientée légèrement à la hausse depuis le 1er avril, ce qui est encourageant. Mais il reste assez largement au-dessous de sa moyenne mobile à deux cents jours (MM 200) dont la pente, représentative de la tendance de fond, demeure nettement baissière. Pour déceler un changement de cap majeur, il faudrait à la fois que le CAC 40 perce sa MM 200 vers le haut, que cette dernière retrouve le chemin de la hausse tout en se laissant dépasser par la MM 50. Or, parmi les composantes de l'indice, seules cinq valeurs se trouvent dans cette configuration presque idéale : Air liquide, ArcelorMittal, Gaz de France, Suez et Unibail-Rodamco. Même quelques hirondelles ne font pas forcément le printemps...
éric Dadier







