Melvine en Action
Samedi 7 Mars 2009 à 17h25
Y a-t-il de bonnes nouvelles là-dedans? Honnêtement, en ce moment, je n’en vois pas. Les politiques vont dans la bonne direction. Mon souci c’est que c'est trop peu, trop tard.
Une petite lueur d'espoir au petit-déjeuner avec le Dr Doom
Le prophète de malheur était d’humeur relativement joyeuse hier.
«Honnêtement, à ce jour, je ne vois aucune bonne nouvelle", dit-il vivement, pendant dans le petit-déjeuner au Four Seasons Hotel de Hong Kong.
Cette crise économique n’a respecté aucune réputation. Financiers, régulateurs et politiciens ont tous vu leur bon nom déchiqueté depuis que la crise du crédit a commencé à frapper à la mi-2007.
Même le halo de Warren Buffett s’est estompé. La semaine dernière, son entreprise d'investissement Berkshire Hathaway a annoncé une baisse de 10 pour cent de la valeur de l'actif de l'année dernière, après de mauvais paris sur la compagnie pétrolière ConocoPhillips et les investissements dans les actions des banques irlandaises.
Mais tout le monde n’a pas souffert. Si quelqu'un sort de cette crise avec une amélioration de sa réputation, ce sera Nouriel Roubini, de l'Université de New York, professeur d'économie qui a été l'un des rares prévisionnistes à prédire l'accident.
Dès Juillet 2007, avant que la plupart d'entre nous n’aient entendu parler du terme subprime, le professeur Roubini avait prévenu que l'éclatement de la bulle de crédit des États-Unis conduirait à la récession.
Puis, en Février dernier, il a publié un document intitulé Douze étapes vers la catastrophe financière, dans laquelle il a prévu, entre autres choses, l'effondrement du marché boursier américain, l'échec d'un certain nombre de maisons d'investissements de Wall Street et l'intervention du gouvernement de sauver l'Amérique de l'effritement des banques.
Depuis, le professeur Roubini est devenu le l’homme incontournable des médias à la recherche de prédictions catastrophiques sur les marchés et l'économie, gagnant ainsi lui-même le pseudo-nom de Dr Doom dans cette histoire.
Pourtant, alors que les prévisions actuelles du professeur Roubini sont bien sombres, elles ne sont pas entièrement noires.
Bien qu'il ait soutenu qu’une longue et profonde récession mondiale était inévitable, il estime que l'action concertée de l'État peut encore empêcher l'inévitable récession en forme de U de se transformer dans le pire des cas en dépression en forme de L.
Malheureusement, le risque que la récession devienne dépression est en augmentation. Une partie du problème est que les craintes d'un ralentissement sont auto-réalisatrices. En prévision d'une chute de la demande, les entreprises réduisent les investissements, la production et l'emploi.
Bien sûr, ça supprime des revenus, ce qui rend encore, pour les épargnants dont la richesse a été érodé par une baisse de 27 pour cent des prix de l'immobilier aux Etats-Unis et la chute de 55 pour cent dans le marché boursier, plus difficiles de redresser leurs bilans. En conséquence, le ralentissement de la demande des consommateurs sera d'autant plus profond et plus long que ce à quoi s'attendent nombreux économistes, avertit le professeur Roubini.
Cela, à son tour, est une mauvaise nouvelle pour l'Asie, et en particulier pour la Chine, qui reste fortement dépendante des exportations et des investissements liés aux exportations pour dynamiser la croissance économique.
Avec la baisse des importations de matières premières et des biens intermédiaires qui annonce que la Chine est sur la voie de nouvelles baisses des exportations, le professeur Roubini a peu d'espoir que les dépenses de stimulus de Pékin puissent maintenir le rythme de croissance encore longtemps. Bien qu’il donne tout le mérite aux dirigeants de la Chine pour leur tentative de soutenir la demande par les dépenses publiques, il dit que les efforts officiels de stimulation ne sont susceptibles que de différer le resserrement de l'économique que de quelques mois.
«Un atterrissage dur est inévitable, compte tenu de ce qui s'est passé dans le reste du monde», prévient-il.
Réorganiser l'économie chinoise principalement par la demande de la consommation intérieure prendra de cinq à 10 ans. En attendant, affirme le professeur Roubini, les gouvernements du monde entier ont besoin de coordonner leurs politiques dans six domaines clés si l'on veut relancer la demande mondiale et empêcher la récession de glisser dans la dépression.
Tout d'abord, les banques centrales ont besoin d'assouplir la politique monétaire beaucoup plus fortement qu'elles ne l'ont déjà fait, en adoptant l’«assouplissement quantitatif», par exemple par l'achat de plusieurs types de titres.
Mais, l'assouplissement de la politique monétaire, lorsque la demande est au point mort tend à être aussi efficace que de pousser sur une ficelle, alors les gouvernements, en particulier en Europe, ont besoin d'augmenter les dépenses budgétaires afin de stimuler la demande.
Dans le même temps, les gouvernements doivent faire tout ce qu'il faut- y compris la nationalisation - pour nettoyer leurs systèmes bancaires ou ils risquent de se retrouver face à une décennie perdue, comme dans le Japon dans les années 1990.
Quatrièmement, les décideurs doivent forcer les banques à reprendre les prêts. Le professeur Roubini explique que l’assèchement du crédit est en partie un problème du à l'inaction collective. Avec un manque de crédit qui menace la survie des entreprises dans l'ensemble de l'économie, les banques ne veulent pas être les seules à prêter de l'argent, même pour les sociétés solvables, de peur que ses emprunteurs sont touchés par la faillite d'autres sociétés affamés de crédit.
Cinquièmement, les gouvernements des pays touchés par la débâcle des valeurs immobilières devrait introduire une baisse du montant en principal de la dette hypothécaire pour soulager la pression sur les ménages insolvables.
Et enfin, les principaux actionnaires devraient autoriser un doublement immédiat du capital de base du Fonds monétaire international, pour qu'il puisse étendre une aide efficace aux marchés émergents qui sont face à des problèmes de liquidités en raison de la crise.
Même dans le meilleur des cas où tout se passe conformément à son scénario, le professeur Roubini avertit que le monde doit encore faire face à une contraction de l'économie cette année et une croissance de moins de 1 pour cent l'année prochaine, les économies des pays développés croissant à un niveau inférieur à la tendance jusqu'en 2011.
Pourtant, en dépit de sa triste réputation, il estime toujours que son scénario du pire la dépression en forme de L peut être évité. Et il donne un prudent satisfecit à l'administration du Président des États-Unis Barack Obama, pour son programme économique jusqu'à présent, un A pour l'effort, mais un B pour les résultats. «Au moins, la politique va dans la bonne direction", dit-il.
Cela n’est peut-être pas beaucoup, mais c'est quelque chose. Evidemment, avec le Dr Doom, la gaieté est relative.
Source : Tom Holland - South China Morning Post
Traduction par : Melvine en Action







