Melvine en Action
Dimanche 11 octobre 2009 à 14h20
Une deuxième grande dépression est encore possible
Au cours de l’année dernière, l'économie mondiale a connu une contraction massive, la plus profonde depuis la Grande Dépression des années 1930. Mais ce printemps, les économistes ont commencé à parler de "petits signes de reprise et cette évaluation optimiste s’est propagée rapidement à Wall Street. Plus récemment, le jour anniversaire du krach de Lehman Brothers, Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale, a officiellement béni ce consensus en déclarant que la récession est «très proche de la fin".
L'avenir est fondamentalement fait d'incertitudes, ce qui rend toujours la prévision d'une entreprise téméraire. Cela dit, il y a de bonne chance que le nouveau consensus soit erroné. Au lieu de cela, il y a des solides motifs de croire que l'économie américaine connaîtra un second plongeon, suivie d'une stagnation prolongée ce qui la qualifiera comme la seconde grande dépression. Quelques indications à cet effet sont déjà là , avec des pertes inattendues d'emplois américains en Septembre et l'effondrement des ventes d'automobiles américaines après la fin du programme de la prime à la casse.
Que la pensée du scénario optimiste soit de retour à Wall Street ne devrait pas surprendre. Wall Street profite de la hausse des prix des actifs sur lesquels il perçoit des frais de gestion, des opérations de marché sur lesquels il touche des honoraires de conseil et de l'encouragement des petits investisseurs à acheter des actions, ce qui accroît les frais de transaction. Ces revenus sont bien plus importants lorsque les marchés boursiers sont à la hausse, ce qui explique la propension génétique de Wall Street pour booster l'économie.
Quant aux principaux économistes, leurs modèles théoriques les on rendus aveugles face à la crise et ils prédisent la reprise seulement en raison des hypothèses de leurs modèles. Selon la théorie dominante, il assumé que le plein emploi est un point de gravité vers lequel l'économie revient toujours.
Les modèles économétriques empiriques sont également discutables. Ils prévoient aussi la reprise progressive mais qui est conduite par des schémas de retour à des tendances constatés dans les données passées. Le problème, comme professionnels de l'investissement le disent, c’est que "la performance passée n'est pas une indication des performances futures". La crise économique constitue l'implosion du paradigme économique qui a gouverné la croissance américaine et mondiale depuis les trente dernières années. Ce paradigme est fondé sur la consommation alimentée par l'endettement et l'inflation des prix des actifs, et c'est fait.
Il y a une logique simple pour laquelle l'économie connaîtra une seconde baisse. Cette logique repose sur l'économie du « deleveraging » [Ndlr : c'est-à-dire de la réduction du recours à l'endettement], qui produit inévitablement une correction en deux étapes. La première étape a été achevé, et elle a déclenché une crise financière qui a causé la pire récession depuis la Grande Dépression. La deuxième étape ne fait que commencer.
Le deleveraging peut être compris à travers une métaphore dans laquelle une voiture symbolise l'économie. L'emprunt c’est comme appuyer sur la pédale et accélérer l'activité économique. Quand on cesse d'emprunter, le pied se décolle de la pédale et la voiture ralentit. Toutefois, le coffre de la voiture est maintenant accablé par une dette accumulée ainsi l'activité économique ralentit en dessous de son niveau initial.
Avec le deleveraging, les ménages augmentent leur épargne et remboursent leurs dettes. Il s'agit de la deuxième étape et c'est comme un pied sur le frein, ce qui entraîne un ralentissement de l'économie plus important, dans un mouvement semblable à un double plongeon. Le deleveraging rapide, comme c'est le cas maintenant, est l'équivalent d’appuyer durement sur les freins. Le seul point positif c’est que cela réduit la dette, ce qui est comme enlever le poids du coffre. Ces aides stabilisent l’activité à un nouveau niveau plus bas, mais elles n'accélèrent pas la voiture, comme les économistes le clament.
Malheureusement, la métaphore de la voiture ne capte seulement que partiellement les conditions actuelles car elles supposent que le processus de freinage est doux. Cependant, il y a déjà eu une crise financière et l'économie réelle est désormais infectée par un processus multiplicateur entraînant une diminution des dépenses, des pertes massives d'emplois, et de faillites. S'ajoutant à cela, le deleveraging crée la possibilité d'une spirale à la baisse, ce qui constituerait une dépression.
Une telle spirale peut être associée à la métaphore du Titanic, qui était vraisemblablement insubmersible grâce à ses cloisons étanches indépendamment structurées. Toutefois, ces cloisons étanches n’avaient pas de plafond, et lorsque le Titanic a heurté un iceberg qui tailladé son côté, la cloison avant s’est remplie d'eau et démoli la proue. L'eau s’est infiltrée dans les cloisons à l'arrière, faisant couler le navire.
L'économie américaine a frappé un iceberg de dette. L'entaille en résultant menace d'inonder les mécanismes de stabilisation de l'économie que l'économiste Hyman Minsky a nommé «les institutions équilibrantes».
L'assurance chômage ne traduit pas l’ampleur du problème et expire pour de nombreux travailleurs. Ce qui promet de réduire encore les dépenses et d’aggraver le problème des saisies.
Les États sont tenus par les exigences d'équilibre budgétaire et ils réduisent les dépenses et l'emploi. Par conséquent, le secteur public rejoint le secteur privé dans la contraction.
La destruction de la richesse des ménages signifie que beaucoup de ménages ont une valeur nette quasi-nulle, voire même négative. Cette pression augmente pour épargner et bloque l'accès aux emprunts qui pourrait relancer une reprise. D'ailleurs, le ménage et les milieux des affaires font face aux faillites en expansion qui amplifient le choc multiplicateur à la baisse et également limitent l'activité économique future en détruisant les antécédents de crédit et l'accès au crédit.
Pour finir, les États-Unis continuent de saigner à travers une triple hémorragie, du déficit commercial qui draine les dépenses par les importations, la délocalisation des emplois, et la délocalisation de nouveaux investissements. Cette hémorragie est évidente dans le programme de prime à la casse dans laquelle huit des dix premiers véhicules vendus avaient des marques étrangères. Par conséquent, même l’énorme relance budgétaire sera d'effet diminué.
La crise financière a créé une boucle rétroactive négative sur les marchés financiers. Le deleveraging inégalé et le processus multiplicateur ont créé une boucle rétroactive négative dans l'économie réelle. C'est une boucle qui est beaucoup plus difficile à inverser, et c'est pourquoi une seconde Grande dépression reste une possibilité réelle.
Thomas Palley est ancien économiste en chef de la Commission d’évaluation économique et sécuritaire Etats-Unis/Chine (US-China Economic and Security Review Commission) et l’auteur de Post-Keynesian Economics. Thomas Palley est membre de la New America Foundation
Source: Article de Thomas Palley – The financial Times
Traduction par : Melvine en Action







