Melvine en Action
Jeudi 11 Juin 2009 à 5h45
La crise monétaire de la Lettonie est un remake de l'Argentine
Par Nouriel Roubini
Après l'échec d'une récente vente aux enchères de sa dette publique les autorités Lettone tentent désespérément d'empêcher une dépréciation de leur monnaie, le lat. La situation du pays est similaire à celle que rencontra l'Argentine en 2000-01: une sévère récession suite à des chocs financiers mondiaux, un brusque assèchement des flux de capitaux et la nécessité de réduire un déficit extérieur élevé aggravé par une insoutenable indexation du lat à l’euro.
Comme en Argentine, le Fonds monétaire international a d'abord été d’avis - un peu mal à l’aise - avec les autorités, de ne pas laisser la monnaie se déprécier, en dépit de son importante surévaluation. Mais une baisse des taux de change réel est nécessaire pour rétablir la compétitivité du pays, en son absence, un douloureux ajustement des prix peut se produire ne serait-ce que par la déflation et une baisse des salaires nominaux, qui durera trop longtemps et aggravera la récession.
Des coupures draconiennes dans les dépenses publiques seront nécessaires si la Lettonie veut améliorer le compte courant. Mais cela est en train de devenir politiquement non viable. Et tandis que la consolidation budgétaire est nécessaire - comme dans l'Argentine de 2000-01 – ça aggravera la récession à court terme. Il s'agit donc d'une stratégie vouée à l'échec tant que la monnaie est surévaluée.
Bien sûr, comme en Argentine, laisser la monnaie se déprécier entraînerait des effets négatifs sur le bilan. Les très importants emprunts étrangers des ménages, des entreprises et des banques sont en devises étrangères, la vraie valeur en monnaie locale de ces dettes augmentera fortement après une dévaluation. La dévaluation pourrait donc conduire à des défauts par de nombreux agents du secteur privé - et comme les banques du pays sont des filiales locales de banques suédoises, une crise financière en Lettonie pourrait s'avérer néfaste pour ses voisins.
Néanmoins, la dévaluation semble inévitable et le programme du FMI - qui a éliminé la possibilité de réévaluation - est donc intrinsèquement erroné. Le FMI ou l'Union européenne pourrait augmenter le soutien financier à la Lettonie, mais, comme en Argentine, ce serait jeter du bon argent sur du mauvais. Les ressources internationales sont plus utiles pour atténuer les dommages collatéraux de la dépréciation.
Une introduction de l'euro immédiatement après la dévaluation pourrait aider à prévenir un éclatement du taux de change, mais il faudrait que la zone euro accepte l'admission d'un pays qui ne satisfait pas encore aux critères formels d'adhésion. L’Euroïsation après la dépréciation est une stratégie plus crédible pour que la Lettonie que n’aurait été la dollarisation de l'Argentine, parce que la Lettonie est déjà sur la voie de l'adhésion et que son cycle d'activité est fortement corrélée avec celle de l'UE. L’Euroïsation sans la dépréciation ne fonctionnera pas, car une vraie dépréciation est nécessaire pour rétablir la compétitivité. Bien sûr, toute dépréciation - avec ou sans euroïsation - fera que beaucoup de dettes en devises étrangères deviendront insoutenables, et nécessiteront une restructuration de la dette forcée, comme dans le cas de l'Argentine.
Pour minimiser le risque de contagion, la meilleure stratégie pourrait être: dépréciation de la monnaie, euroisation après dépréciation, restructuration des dettes privées en monnaie étrangère sans faire "défaut", et augmentation du plan du FMI afin de limiter les retombées. C'est une stratégie risquée, mais - comme à Buenos Aires, il y a neuf ans - lorsque le plan A ne fonctionne pas, il est temps de passer au plan B le plus tôt possible. Le report du plan B ne ferait que provoquer une éruption plus importante quand l'inévitable se produira en fin de crise monétaire. Il est à espérer que les leçons de l'Argentine en 2001 ont été tirées.
Les autorités Lettone tentent désespérément d'empêcher la dépréciation, en intervenant dans le marché des changes. Tandis que le très mince marché interbancaire ralentit le taux auquel les institutions financières locales et étrangères peuvent shorter la monnaie de la Lettonie et met la pression sur les réserves des banques centrales, le pays vie une hémorragie des ses réserves de change à un rythme alarmant. Seul un miracle ou un draconien et crédible ajustement budgétaire (qui n’aggraverait pas la récession) pourrait restaurer la crédibilité de la monnaie et conduire à reprise de la croissance.
À ce stade, une crise monétaire et financière est à peu près inévitable, la question est de savoir comment réduire les coûts intérieurs et internationaux de la nécessaire modification de la politique. Comme le suggère l'expérience de l'Argentine, tergiverser entrainera un inévitable crash - et une contagion régionale - encore plus dramatique et coûteux.
Source : Article de Nouriel Roubini - The Financial Times
Traduction par : Melvine en action







