CHRISTIAN DELPORTE - HISTORIEN DE LA COMMUNICATION POLITIQUE - BILAL HAFEEZ - RESPONSABLE DE LA STRATÉGIE « CHANGES » DE DEUTSCHE BANK
« L'euro vers 1,50 dollar d'ici à la fin du premier semestre »
[ 05/02/09 ] LES ECHOS
Bilal Hafeez.Le spécialiste changes de Deutsche Bank s'attend à une progression de l'euro face au dollar dans les prochains mois, tablant sur un euro à 1,50 dollar. Il prévoit la parité entre l'euro et la livre.
Comment voyez-vous évoluer l'euro après le comité de politique monétaire de la Banque centrale européenne, aujourd'hui ?
La BCE devrait passer son tour. Et ce statu quo ne devrait pas avoir d'impact majeur sur l'euro. L'institution devrait toutefois laisser la porte ouverte à des baisses de taux en mars, ce qui affaiblira légèrement l'euro dans un premier temps. Nous prévoyons un geste de 50 points de base du taux de refinancement le mois prochain. Ensuite, l'euro va remonter face au dollar, qui continue de subir des pressions baissières : nous tablons sur un euro autour de 1,50 dollar d'ici à la fin du premier semestre.
Pourquoi le dollar, qui a bien profité de l'aversion au risque, va-t-il baisser ?
Les mesures « non conventionnelles » mises en place par la Réserve fédérale américaine, comme les rachats de titres, conduisent à une création monétaire, qui pénalise le dollar. Les détentes monétaires opérées par l'institution aussi : une analyse depuis 1973 montre que le billet vert a toujours été faible lorsque la Fed a baissé de façon importante ses taux. Ensuite, le déficit américain pèse : il devrait atteindre 10 % du PIB en 2009, soit le plus important du monde développé. Enfin, la demande d'obligations d'Etat américaines a été très importante ces derniers temps, atteignant des records, sur un mouvement de « fly to quality ». Mais les opérateurs vont recommencer à revenir vers d'autres classes d'actifs comme les actions et l'intérêt pour les emprunts d'Etat va diminuer, ce qui n'est pas un élément positif pour le dollar.
Quelle est votre prévision sur la livre, à la veille de la réunion de la Banque d'Angleterre ?
La livre va encore subir des pressions baissières dans les prochaines semaines, sur fond de statistiques macroéconomiques encore faibles et d'une poursuite de la détente monétaire. La Banque d'Angleterre va baisser ses taux plus vite que la BCE : le taux de refinancement devrait passer de 1,5 % à 0,5 % d'ici à la fin du premier trimestre, avec un geste de 50 points de base aujourd'hui. Si elle fait davantage, la livre s'affaiblira d'autant. Toutefois, la période de convalescence de la devise britannique ne saurait être durable, dans la mesure où elle est désormais sous-évaluée de 30 %. La livre devrait atteindre la parité avec l'euro, avant de rebondir.
Quels seront les principaux déterminants de l'évolution des changes ces prochains mois ?
La corrélation entre marchés boursiers et dollar a commencé à diminuer depuis décembre. Les opérateurs vont davantage se concentrer sur les fondamentaux. L'évolution des changes sera dominée par les taux d'intérêt réels - les taux d'intérêt des banques centrales retraités de l'inflation - et la croissance de la masse monétaire. Les stratégies sur les changes, qui n'ont pas forcément été très profitables ces dernières années, devraient générer de plus en plus de performances par rapport aux autres classes d'actifs. Le marché des changes est moins lié à la croissance mondiale que celui des actions et des obligations, donc moins exposé en période de récession.
PROPOS RECUEILLIS PAR M. A.







