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L’Italie fait face à une perte potentielle de 8 milliards €

Italie

Il y a une bombe dans les comptes publics. Il s’agit d’une perte potentielle d'au moins 8,1 milliards €, plus de 25 % des instruments de couverture de taux de change et de la dette qui ont été restructurés par le Trésor public en 2012. Ces dérivés ont été activés dans les années 1990, pour permettre au gouvernement italien de répondre aux critères de la monnaie unique.   
 

   
 

L’Italie risque des pertes potentielles de plusieurs milliards d'euros sur les contrats de produits dérivés, restructurés à hauteur de la crise en zone euro, selon un rapport confidentiel du Trésor qui apporte plus de lumière sur les tactiques financières qui ont permis au pays surendetté d’entrer dans l'euro en 1999.

Un rapport de 29 pages du Trésor, obtenu par le Financial Times, et la Repubblica, détaille les transactions de la dette italienne et l'exposition au cours du premier semestre 2012, notamment la restructuration d’une douzaine de contrats de produits dérivés avec des banques étrangères d'une valeur nominale totale de 31.7 milliards € entre Février et Mai 2012.

Bien que le rapport laisse de côté de cruciaux détails et semble destiné à ne pas donner une image complète des pertes potentielles de l'Italie, les experts qui l’ont examiné ont déclaré au Financial Times que la restructuration a permis au Trésor à court de liquidités d'échelonner les paiements dus aux banques étrangères sur une période plus longue, mais, dans certains cas, à des conditions plus défavorables pour l'Italie.

Le rapport ne nomme pas les banques ou ne donne pas de détails sur les contrats originaux - des questions qui inquiètent les commissaires aux comptes de l'Etat - mais les experts ont dit qu'ils semblaient remonter à la période de la fin des années 1990. A cette époque, avant et juste après que l'Italie n’entre dans l’euro, Rome a embelli ses comptes en prenant des paiements d’avances auprès des banques afin de combler le déficit fixé par l'UE pour rejoindre la première vague des 11 pays qui ont adopté l'euro en 1999.

L'Italie avait un déficit budgétaire de 7,7 pour cent en 1995. En 1998, l'année cruciale pour l'approbation de son adhésion à l'euro, ce chiffre avait été réduit à 2,7 pour cent, de loin la plus forte baisse parmi les 11 de l’Euro. Dans la même période les recettes fiscales avaient légèrement augmenté et les dépenses publiques en proportion du PIB n'avaient que légèrement diminué.

Le rapport a été soumis, comme exigé, au début de cette année à la Corte dei Conti, les commissaires aux comptes de l'État Italien. Selon un haut fonctionnaire du gouvernement, qui a refusé d'être nommé, les auditeurs étaient préoccupés par les chiffres et ont demandé à la police de la finance d'intervenir.

En Avril, les policiers de la Guardia di Finanza ont visité les bureaux de Maria Cannata, chef de l'agence de gestion de la dette du Trésor, demandant plus d'informations sur le rapport établi par l'Agence, y compris des détails sur les contrats initiaux de produits dérivés, a déclaré le haut fonctionnaire.

La fuite du rapport du Trésor 2012, est susceptible d'alimenter le débat sur l'exposition de l'Italie aux produits dérivés. Cela intervient à un moment où les marchés ont commencé à montrer à nouveau de la nervosité, avec le coût d'emprunt en forte hausse récemment pour les pays périphériques de la zone euro comme l'Italie.

Seule une poignée de responsables italiens, passés et présents, sont conscients de l'image complète, selon les banquiers et les sources gouvernementales. Le haut fonctionnaire du gouvernement qui a parlé au Financial Times et les experts consultés ont déclaré que les contrats restructurés dans le rapport du Trésor 2012 inclus les dérivés souscrits lorsque l'Italie a essayé de répondre aux critères financiers stricts pour l'entrée dans la zone euro en 1999.

Le journal la Repubblica, a demandé plus amples informations au Trésor qui n’a pas souhaité commenter ou expliquer les données et les opérations, réaffirmant que ce sont des outils « plain vanilla » (ce qui signifie en jargon financier « que ce sont des produits simples »), qu’ils servent à poursuivre l'intérêt de l'État, protégeant la dette des risques de fluctuation des devises et des taux d'intérêt.

« Le Trésor italien publiera prochainement une déclaration complète pour clarifier tous les aspects, » a déclaré Draghi lorsqu’on lui a demandé des élucidations sur l'histoire. « il n'y a aucun danger pour les comptes de l'Etat, » a déclaré le Trésor dans un communiqué, ajoutant : " l'hypothèse que la République italienne a utilisé des dérivés dans les années 1990 pour créer les conditions requises pour l'entrée dans l'euro est absolument sans fondement".

Mario Draghi, aujourd'hui à la tête de la Banque centrale européenne, était directeur général du Trésor italien à l'époque. (Cf : Draghi : Un Bankster à la tête d’une Bad Banque ?)

Un porte-parole de la BCE a refusé de commenter si la banque était au courant de l'exposition potentielle de l'Italie à des pertes de dérivés ou sur le rôle de M. Draghi dans l'approbation des contrats de produits dérivés dans les années 1990 avant de rejoindre Goldman Sachs International en 2002.

Le rapport ne précise pas les pertes potentielles auxquelles l’Italie est confrontée sur les contrats restructurés. Mais trois experts indépendants consultés par le FT ont calculé les pertes en se basant sur les prix du marché le 20 Juin et ont conclu que le Trésor était confronté à une perte potentielle en ce moment d'environ 8 Md €, un chiffre étonnamment élevé basé sur une valeur notionnelle de 31.7 Md€.

Les calculs indiquent que la « première version » des dérivés avait une valeur négative pour l’état de 900 millions € au moment de la renégociation. Et une valeur négative de 1,350 milliards € en version renégociée. Pourquoi renégocier un contrat qui devrait ajouter 450 millions de pertes prévues pour le Trésor ? En effet, de mars 2012 à aujourd'hui, la valeur négative de ces dérivés a augmenté à 1,550 milliards €, confirmant les hypothèses probabilistes selon lesquelles il y a seulement 18 % de chance de pouvoir générer, au fil du temps, un bénéfice pour le Trésor public.

"Beaucoup d'erreurs ont été faites dans les années 1990 pour faire entrer l'Italie dans l'euro- a dit un responsable du gouvernement-- et, aujourd'hui, elles se traduisent par de nouvelles dettes, dissimulées dans les comptes officiels, dans une zone très floue que très peu de personnes au Trésor sont capables de comprendre et de gérer. »



Article rédigé par Melvine en Action
Sources : La Repubblica et The Financial Times


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